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UHMEER … C’est probablement l’un des rappeurs les plus intéressants que j’ai eu à interviewer cette année. Il est le fruit d’une enfance bercée par la musique et son père n’est autre que l’excellent DJ Jazzy Jeff. Uhmeer, c’est à peu de lettres près son vrai prénom : Amir. Une manière pour lui de se dévoiler en musique et de garder son identité, différente de celle que connaissent ses proches. On aurait pu croire que le Hip-Hop par son lien de parenté aurait pu être une evidence, mais ce n’est pas un artiste en particulier, ni sa famille qui ont changé la donne pour lui.

« Je pourrais facilement dire que ce sont : The Roots, M.O.P , Tribe Called Quest, Lauryn, Kendrick … tous ces gens qui ont montré ce très beau chemin que je suis aujourd’hui, mais c’est plus le fait de voir que je peux le faire moi aussi. Tout le monde peut être inspiré en voyant les autres le faire, mais le fait de faire quelque chose que j’aime par moi même, m’a vraiment montré l’importance du Hip-Hop et m’a fait l’apprécier pour ce qu’il est. »

Son projet « Play » m’a tout de suite charmée. La cover, il l’a découverte sur Tumblr. Il cherche souvent à y découvrir des sources d’inspirations pour sa musique. Cette photo, il l’a modifiée pour en faire un dessin animé.

« Elle capture l’essence de tellement de choses. J’aime donner aux gens la possibilité de choisir ce qu’elle veut dire pour eux. Elle peut être interprétée de différentes façons. Il y a un nombre illimité de possibilités quand tu appuies sur play. C’est ce que la cover montrait à mes yeux. Pour moi, cela ressemblait à un dab, mais c’était aussi trois jeunes noirs qui ne montraient pas leur visage, qui pouvaient pleurer ou autre. C’est la beauté de l’art noir, peu importe ce que nos émotions montrent c’est toujours de l’art. Le dab, c’est au départ juste une manière d’éternuer et nous l’avons transformé en quelque chose de magnifique. C’est la beauté du double sens. »

Chacun est donc libre de sa propre interprétation 🙂 Son projet « Play », il le définit comme une conversation entre lui et son père. Quelle est l’importance de cette relation et que peux-tu dire sur la dynamique qu’il y a entre vous ?

« C’était très important pour moi. On a tellement grandi et avoir 19 ans avec cette relation aujourd’hui… Je n’aurais jamais pu rêver mieux. Bien sûr, nous avons eu nos difficultés à traverser … les choses de la vie, normale. J’ai eu a gérer d’avoir un père musicien qui voyageait beaucoup. On a grandi et on a toujours laissé les choses se faire naturellement mais il y a quelque chose qui s’est passé quand on a commencé à faire de la musique ensemble où nous n’avions pas besoin de parler. Je n’ai jamais eu cette expérience avec quelqu’un d’autre. Lorsque j’enregistre quelque chose, mon père est le genre de personne qui n’est pas dans la pièce, je peux aller le voir pour lui dire :  «J’ai besoin de toi pour faire telle ou telle chose » et sans me regarder ou me parler il va faire exactement ce dont j’ai besoin sur le morceau. Toute ma vie, j’ai eu l’impression que les réparations et la manière dont on prospérait tous les deux, se sont faites à travers la musique. »

Plus qu’un lien de parenté, il y a de la bienveillance entre eux. Le savoir de l’un profite à l’autre, personne n’a raison ou tort. Ils se donnent de la force et se comprennent pour se tirer vers le haut.

« On fait attention l’un à l’autre (comme je fais avec tous les membres de ma famille, d’ailleurs) et c’est important car il est dans ce milieu depuis longtemps. Il m’aide avec beaucoup de choses et à comprendre mes choix et les choses intelligentes à faire. En même temps avec ma jeunesse et le fait que je sois connecté à beaucoup de gens de mon âge, à ce qui est le futur, je peux lui donner un insight de ce que les gens sont en train de faire. Je ne veux pas qu’il soit trop à l’écart de ce que fait la jeunesse parce que c’est ce qui va être la prochaine étape et arriver. C’est ce qui nous donne un temps d’avance. »

Il y a quelque chose de Soulfull dans sa musique, pourtant Uhmeer à seulement 19 ans, il fallait en savoir plus sur cette certitude sonore…

« Tout d’abord, j’ai grandi avec beaucoup de musiques différentes et gravité autour de beaucoup de sons qui n’étaient pas d’actualité. En grandissant les sons à la mode, étaient ceux avec lesquels je vibais le plus, parce que c’était le fruit de ma communauté. J’ai toujours grandi avec des gens qui n’avaient pas forcément accès à la musique underground que j’écoutais et que j’appréciais. Ce que j’adore faire, c’est trouver un juste milieu car, j’apprécie les deux qui pour moi font partie de l’histoire et sont intemporels: Les J Dilla, les MF Doom, les Madlib ce genre d’artistes. Trouver l’équilibre, cela peut être quelque chose de simple comme avoir un flow old school sur un beat 808 ou un langage qui va sortir dans deux ans ou que tu emploies avec tes amis, parler de tel sujet, de telle manière car, je ne parle pas qu’à moi et aux gens avec qui j’ai grandi. »

« Child of God » … Extrait de l’album « M3 » de DJ Jazzy Jeff sur lequel il apparait :

« J’aime cette chanson qui a été une expérience géniale dans sa création. Cela remonte, c’était la première fois où j’ai écrit avec d’autres gens. Rhymefest est ce genre de personne qui adore échanger sur tous les sujets avant que l’on commence quoi que ce soit. Dans la conversation, je ne me rappelle plus exactement à quel moment, on s’est retrouvé à penser aux aliens et aux humains, loin de ce qu’est la chanson maintenant et on a commencé à écrire et former une histoire. On a presque vu ça comme être acteur, comme dans les films car, j’adore lire les scripts. «Ecrivons ça dans un ordre, donnons-nous un rôle et une individualité pour arriver à quelque chose.» Les gens permettent au mot « God » d’être associé uniquement à la religion alors que nous voulions lui donner l’essence de: «peu importe qui est ton Dieu, qui se trouve au-dessus de toi c’est ce dont tu es l’enfant.» Cela peut être ta foi, du matériel … et cela existe. »

Les gens de la DMV (DC, le Maryland, la Virginie) là où il a grandi et la culture l’inspirent. Il y a une forme de liberté chez lui que je trouve incroyable pour son âge.

« J’ai vécu à L.A pendant une période de ma vie, cette ville t’ouvre à tant de choses contrairement à la où j’ai grandi. Beaucoup de choses sont venues à moi et je n’ai pas été intimidé et je les ai exprimées. Des choses sur : le genre humain, les relations, les races… toutes ces choses m’ont permis d’être encore plus sensible à ce que je suis et j’ai préféré les explorer plutôt que les empêcher d’éclore pour que les gens puissent aussi le voir. Même si tu peux porter de l’importance à ce que les gens disent, tu dois pouvoir stopper tout ça. il y aura toujours des gens pour critiquer ta manière d’agir. »

Uhmeer, ne se veut pas prêtre ou ne cherche pas à avoir une image politique ou sociale, mais il a une forte conscience, ce qui rend sa musique encore plus intéressante.2Pac est pour lui le meilleur exemple: « Alerte sur les sujets politiques et qui n’a pas peur de parler aussi de ses difficultés ». 

« Voyager te permet de réaliser à quel point tu as tort sur tellement de choses (rires) c’est presque une opportunité pour apprendre à te taire, regarder et observer. Si tu as grandi avec une télé que dirais-tu à une personne qui a vécu toute sa vie sans ça ? J’aime créer un environnement musical où les gens peuvent se sentir dans la peau d’un jeune de PG COUNTY et j’aime l’idée que des gens aussi loin de chez moi puissent s’y retrouver, c’est la chose la plus dingue pour moi. »

Le Hip-Hop cela représente quoi pour toi ? 

« Le Hip-Hop pour moi représente un niveau de struggle. Dedans, tu vas entendre de la passion car il y a un côté urgent. Il n’y aura jamais un moment plus facile qu’un autre pour faire du Hip-Hop, cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de côté fun.Tu dois t’attendre à du challenge quand tu fais du Hip-Hop, c’est ce que je veux dire. J’ai juste envie de donner aux gens, les choses que j’aurais aimé recevoir ou que j’ai reçu et dont j’aurais aimé voir plus de gens en bénéficier. Je déteste la guerre entre les jeunes et les artistes plus âgés, il y a tellement de manière de faire de la musique. J’adore voir les gens faire la musique qu’ils ont envie de faire. Il y a tellement d’artistes que j’aime. »

À venir des projets avec DJ Jazzy Jeff, Eric Lau, Rascal (Allemagne) pour découvrir Uhmeer sous tous ses angles.

Uhmeer étreint la culture Hip-Hop, respecte ses pères et célèbre l’individualité de chacun. Une ouverture d’esprit qui va au delà des codes et qui célèbre la créativité, la liberté et l’histoire personnelle. À voir donc ce que tout cela va nous donner en musique. Goo Uhmeer !

STAY HYDRATED

https://amir5.bandcamp.com

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